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Pour une université sans craie et sans tableau

par Rachid-Brahmi

Sans vouloir verser dans l’autosatisfaction béate ou le pessimisme ankylosant, nous sommes tentés de dire qu’en dépit des moyens engagés par l’Etat, le système éducatif algérien vu sa non performance «peut et doit mieux faire».

Nous ne trouvons pas, dés lors utile de rappeler des chiffres officiels pour étayer des réalités, car ce texte se veut surtout dégager des éléments de réflexion autour d’un apport pouvant fournir des solutions à certains problèmes, notamment pédagogiques, qu’affrontent le système éducatif d’une manière générale et l’enseignement supérieur de façon particulière.

Il s’agit donc de l’apport des technologies de l’information et de la communication qui est devenu incontournable à l’époque de la globalisation et de l’économie de l’immatériel, où la nouvelle source de richesses est la connaissance, et non plus la terre, les réserves du sous sol ou le capital financier. La rédaction de ce texte intervient aussi après le lancement en Algérie, d’une batterie de réformes dans l’enseignement à travers tous ses paliers; le système LMD dans nos universités se trouve, comme nous le verrons, être en symbiose avec l’apport de ces technologies désignées sous l’acronyme TIC.

Les TIC dont la naissance est due fondamentalement au développement des sciences exactes et des diverses technologies qui en découlent, sont un ensemble d’outils utilisés pour traiter, modifier et échanger de l’information, sous forme numérisée. Ces outils, facteurs de généralisation de l’informatique, la communion de celle-ci avec les télécommunications et l’essor du multimédia qui associe le texte l’image et le son. Les TIC à travers l’ordinateur, l’Internet, L’Intranet les chaînes satellitaires et le portable, où tout se traite en temps réel dans ce «village global» qu’est notre planète, abolissent les frontières et nous donnent la possibilité de développer de nouvelles solutions pour faire face aux défis d’aujourd’hui et de demain.

L’émergence de la société de l’information a atteint un point de non retour avec l’usage des TIC comme moyen de cerner les enjeux stratégiques liés à la maîtrise des marchés globaux. Tous les pays développés s’accordent à dire que la croissance mondiale passe par cette révolution technologique: un meilleur usage et une utilisation plus étendue de l’information numérique, instrument du Savoir et de la Connaissance, est un facteur clé de la compétitivité, de création d’emplois et d’amélioration du niveau de vie pour l’ensemble de la source. Les TIC ont provoqué un grand nombre de changement dans ces pays développés. Les pays moins développés doivent suivre et s’inscrire dans cette logique au risque d’être marginalisés ou de disparaître.

Pour rester au centre du monde, il suffit à l’homme moderne d’utiliser l’Internet et de «clavarder» (Joli vocable inventé par les Québecois, provenant de la paire clavier-bavarder et figurant dans le dictionnaire depuis 2004) ou de tchatcher (un vocable typiquement méditerranéen cette fois-ci, mais qui figure dans le dico bien avant la naissance des outils technos, même si sa sémantique a bifurqué). Ce dialogue en ligne peut être synchrone (en temps réel) ou asynchorne (en temps différé). Le cybernaute existe par le Net, grâce auquel il peut travailler, dialoguer et échanger des informations en pénétrant de façon irréversible dans la logique des réseaux et dans ce cyberespace qui lui permet d’être à la fois ici et ailleurs.

Les notions de proche et de lointain se confondent: un simple clic et le voilà projeté dans le monde magique d’Internet: sa vie est transformée s’il possède un micro-ordinateur, un modem et une ligne téléphonique.

Les TIC sont réellement introduites dans notre pays et sont effectivement utilisées. Propulsée dans la société numérique, l’Algérie à l’instar d’autres pays, sans logistique informationnelle, sans moyens conséquents et sans formation adéquate accuse alors un retard certain. Cependant le marché des TIC est actif et se dynamise. Il existe en effet, de plus en plus d’acteurs locaux et internationaux privés qui poussent l’Etat à afficher des ambitions de modernisation technologique. Les besoins existent et l’influence extérieure (présence d’entreprises étrangères, adhésion à l’OMC, accords d’association avec l’U.E) doit amener toute organisation à intégrer l’outil informatique pour plus de performances.

La vitesse de pénétration des TIC s’accélère, même si l’Algérie se situe derrière ses voisins maghrébins (La Tunisie et le Maroc) et est classée 10ème en Afrique d’après l’indice d’accès numérique (DAI) publié dans le rapport «les indicateurs africains de télécommunications» en 2004. D’autre part, avec l’entrée en lice de plusieurs fournisseurs, le réseau Internet est présent dans toutes les régions du pays (les grandes villes, les centres universitaires, les entreprises et autres établissements) même si sa généralisation est freinée par plusieurs obstacles. Nous noterons également qu’une convention de partenariat portant sur la mise en oeuvre d’actions de formation dans le domaine des TIC et la création d’une académie a été signée entre l’école Nationale des Postes et Télécommunication et le fournisseur chinois ZTE (qui ne se «contente pas de vendre des technologies, mais s’implique également dans la gestion des réseaux». L’implantation de l’entreprise ZTE est envisagée au cyberparc de Sidi Abdallah dans la banlieue d’Alger.

Pour la téléphonie, nous pouvons dire que les résultats obtenus pour le mobile ont dépassé les prévisions. Concernant l’Intranet qui représente en un mot le réseau interne d’une organisation (entreprise, école, université, centre de formation...), il est plus sécurisé que l’Internet mais nécessite un investissement important. Il reste encore beau- coup à faire pour ce type de réseaux qui a été introduit au niveau de quelques structures.

D’autre part, les TIC offrent de nouveaux moyens de produire et de diffuser le savoir. C’est ce qui nous amène, à considérer les Technologies de l’Information et de la Communication dans l’Enseignement et désignées sous le sigle maintenant connu de T.I.C.E.

Nous soulignerons qu’une polémique avait surgi en Europe, dés la moitié des années 80, autour de l’intégration des moyens audiovisuels dans l’enseignement. Un peu plus tard, une première thèse défendait l’intégration des TIC dans les systèmes de formation, la seconde annonçait l’écroulement de l’enseignement traditionnel en invoquant «l’impérialisme du progrès technique»’. Certains partisans de la seconde thèse pensaient en outre que «la formation de l’individu ne passe pas par sa capacité à utiliser des savoirs déjà mis en boîte». D’autres considéraient les T.I.C.E comme «concurrentes et substitutives de l’enseignant». Ainsi l’intégration des TIC a toujours provoqué une résistance au changement pouvant aller de l’appréhension jusqu’à une «technophobie», relevée par des études ergonomiques (8) qui indiquent que «la compréhension de ces résistances est capitale dans la mise en oeuvre du changement». Il a donc toujours été nécessaire d’engager un travail informationnel.

Aujourd’hui, la reconnaissance de l’apport de ces technologies dans la formation, fait l’objet d’une quasi unanimité de la part des spécialistes de l’éducation et de diverses instances internationales auxquelles adhère l’Algérie. Chacun de nous peut donc se référer (à travers l’Internet, c’est plus simple) aux recommandations de l’UNESCO et du dernier Sommet Mondial sur la Société de l’Information (Tunis novembre 2005). Certes des pays dont le nôtre éprouvent des difficultés d’ordre technique, matériel ou financier. Mais, nous pouvons d’ores et déjà affirmer que couplée à l’enseignement classique, la transmission du savoir par les TIC, constitue une valeur ajoutée et obéit à des impératifs didactiques et socio-économiques.

L’outil de base actuel de ces technologies est le micro-ordinateur ou personal computer (PC), qui sans connexion à un réseau, offre à lui seul, un large éventail d’application par l’intermédiaire de différents logiciels qui y sont intégrés. Un PC est donc cette «machine particulièrement absurde à qui il faut tout expliquer» pour reprendre le biochimiste et informaticien Jöel de Rosnay 7 (bien que notre position d’utilisateurs nous dispense d’expliquer quoi que ce soit à cette «serviable» machine). Il suffit d’avoir à sa disposition un PC pour saisir un texte qui sera éventuellement et automatiquement corrigé des erreurs de frappe ou de certaines fautes d’orthographe. Un PC permet à chacun, grâce au traitement de texte, de rédiger un document qu’il peut aisément et rapidement remettre à jour. Archiver les données, utiliser un tableur, visualiser des diagrammes ou des graphes et faire des calculs constituent des opérations qui se trouvent facilitées par l’utilisation du PC? sans oublier son usage à des fins pratiques (agenda, horloge, gestion domestique...) ou distractives (écouter de la musique, jouer, dessiner...). Le gain de temps et d’espace occasionné entraîne alors la commodité et la souplesse dans le travail. Bien entendu, cela nécessite quelques petits efforts au début, mais la rentabilité et la satisfaction sont perceptibles à court terme.

Si on adjoint au PC des CD ROMs, l’éventail s’élargit notablement, car nous savons qu’il existe toutes sortes de CD éducatifs, des dictionnaires, des encyclopédies, des cours, des recueils d’exercices, des logiciels de gestion... de plus, un dictionnaire sous forme numérisée coûte beaucoup moins cher, chez nous qu’un livre et avoisine le prix d’un magazine. Et ainsi, nous tendons vers au moins deux des «cinq zéros olympiques» chers aux spécialistes de la qualité et des normes (normes ISO entre autres) qui préconisent le zéro papier, c’est-à-dire l’usage minimal de paperasse encombrante et le zéro délai puisque la rapidité d’exécution des tâches sur un PC est appréciable et dépasse celle de l’homme. Si ces logiciels sont conçus ailleurs et ne s’adaptent pas forcément au système éducatif algérien, la Science étant universelle les contenus des didacticiels importés ne devraient pas poser des problèmes d’adaptabilité dans une bonne partie des disciplines et des matières enseignées.

En outre, le réseau Internet met à la disposition de la communauté de l’éducation et de la formation, un grand nombre de logiciels libres (freewares), de sites et de plates-formes gratuites. Ces supports multimédias pédagogiques serviront d’étape de lancement pour aboutir à une production nationale. Et justement, un montant de 130 millions de dollars a été alloué pour la création de la technopole de Sidi Abdallah dont la mise en service était prévue pour la mi-2006 et puis reportée à la fin de cette année. Cette technopole, site principal et de référence pour les marchés de la nouvelle économie, renfermera un cyberparc constitué d’un centre de données, d’une ou plusieurs unités de développement de logiciels, d’un centre d’affaires et d’un institut de formation supérieure. Sommes-nous dans les délais en matière d’état d’avancement des travaux? Nous constatons que nos voisins du Maghreb (Maroc et Tunisie) disposent de technopoles opérationnels (c’est vraiment drôle que technopole soit un nom féminin alors que technopôle s’avère être masculin, le genre du mot tenant à un chapeau, selon le dico). Nous ignorons aussi le devenir du projet d’accord avec l’Espagne qui consistait à équiper à court terme 1000 CEM en matériel informatique. Où en est la coordination nationale chargée de mettre en place un observatoire sur les TIC? D’autre part, nous souhaitons que le projet de la formation des élites, discuté récemment 11 entre l’Algérie et la France avec le séjour d’une délégation de 16 grandes écoles françaises à Alger se matérialisera avec un réel transfert de savoir-faire. Il est en outre prévu dans ce vaste projet, la création d’un institut supérieur de technologie.

Si maintenant notre ordinateur est connecté à Internet cette toile communément appelée «la bible du savoir» par les occidentaux, nous sommes alors en présence d’un intarissable puits d’informations. Cette base de donnée est une source importante de documentation pour le formateur, le chercheur ou l’apprenant. Nous relèverons que les activités de recherche documentaire introduites dans les pays développés, dès le cycle moyen, datent du début de la décennie 90. Il faut cependant savoir gérer l’information c’est à dire la rechercher, la collecter, la traiter et la diffuser. La gestion de l’information s’acquiert par l’apprentissage, l’abondance des sources n’est pas un facteur dispersif mais un atout. A ce propos, le sémiologue Romand Barthes, le philosophe Edgar Morin et le sociologue Dominique Wolton s’accordent à souligner 3 que les individus développent leur aptitude critique lorsque les sources d’information se multiplient. La recherche documentaire contribue d’autre part, à rendre l’apprenant autonome car il est mis en situation de construire sa connaissance sous le tutorat du formateur. Cette construction qui modifie le rôle des acteurs en présence (enseignant - élève ou étudiant) se fait également entre apprenant pour une cognition sociale, la notion de concurrence qui cède sa place à celle de partenariat prend tout son sens dans les systèmes de formation en particulier et dans tous les secteurs d’activité en général dans cette époque de l’économie du savoir. L’étudiant doit être amené à rechercher un sujet, délimiter son champ et définir la problématique. Il doit ensuite réaliser la synthèse des informations et établir la bibliographie.

A propos du e-learning qui revêt plusieurs formes, il a été défini 5 comme étant «une démarche pédagogique reposant sur l’utilisation des différentes technologies de l’information et de la communication en substitution ou en complément de formations présentielles». Ainsi avec un cédérom intractif ou en se connectant à un Internet l’apprenant peut se trouver seul face à son PC et travailler à son propre rythme. Il peut contacter son tuteur soit en temps différé (par e-mail ou à partir d’un forum) soit en temps réel (téléphone ou outils de messagerie instantanée). Nous relèverons que la notion de tutorat est également présente dans les textes du système LMD, système qui a fait récemment son apparition au niveau de certaines structures et disciplines universitaires nationales parmi lesquelles figure la faculté des Sciences de l’université d’Oran Es Senia. Et la recherche documentaire fait l’objet d’une unité d’enseignement dont l’un des principes théoriques est de faire de l’apprenant un entreprenant.

On parle également de e-learning lorsque l’apprentissage se fait au moyen de la visioconférence. Nous sommes alors en présence, d’une «université virtuelle» dans laquelle les formateurs et les étudiants sont en intraction directe et visuelle. Cependant le système d’autoformation avec tutorat s’avère plus pratique à appliquer, car la visioconférence est peu utilisée 4, même dans les pays avancés, à cause de ses coûts et de ses impératifs techniques (matériel de visioconférence, webcam, large bande passante...).

Quant à l’utilisation des TIC en Algérie, dans la formation à distance, comme complément à la formation traditionnelle, n’est-il pas intéressant d’utiliser les techniques maîtrisables et déjà en notre possession, à savoir une chaîne de télévision spécialisée et les chaînes de radiodiffusion nationales et locales existences? Un enseignant radiophonique interactif entre l’animateur et les auditeurs n’est évidemment adapté qu’à certaines disciplines. Nous avons appris que des visioconférences ont été lancées, depuis le 04 janvier 2007, au département de médecine, de la faculté d’Alger, dans le but d’offrir aux étudiants un cadre pratique et agréable d’enseignement et éviter les surcharges 12. Ces visioconférences «suscitent un engouement particulier» dans le milieu médical.
Nous savons également que quelques projets pilotes de téléenseignement ont été élaborés, mais nous ignorons leur état d'avancement. De même nous avons constaté avec satisfaction l'existence de portails enviables et de sites attrayants conçus par des «petites» universités algériennes qui se sont même lancées dans la formation à distance.

D'autre part, un certain nombre de collègues algériens ont créé sur Internet, leur propre site (Blog) destiné à un large public en général et aux étudiants en particulier. Ce type d'initiatives devrait être encouragé. Dans ce sens, l'université d'Oran a mis à la disposition des enseignants, une salle équipée de PC et connectée au réseau Internet, mais le nombre de postes reste insuffisant et le matériel est vétuste. De plus, les horaires non adaptés de fermeture de ce centre (au plus tard à 16 heures) et la connexion à faible débit ou souvent interrompue constituent une grande contrainte. Par ailleurs, toujours couplé à l'enseignement traditionnel, l'enseignement à distance sous tutorat pourrait en outre, combler partiellement la carence des infrastructures et le déficit d'encadrement, face à des flux d'étudiants de plus en plus importants.

Concernant l'intégration des TIC en Sciences Physiques, cette merveilleuse discipline qui rebute tant d'étudiants parce que nous n'avons probablement pas accordé assez d'importance à l'aspect didactique, il nous semble que ces nouveaux outils ont leurs places naturelles tant au niveau des cours que celui des travaux dirigés ou des travaux pratiques. Nous noterons au passage, que la Physique cette matière fondamentale enseignée aux étudiants des sciences exactes, de la biologie, du biomédical et de toutes les spécialités de la technologie (formation de techniciens supérieurs et d'ingénieurs) mérite une attention soutenue. Pour les cours de Physique qui comprennent généralement du texte, des formules, des tableaux, des graphes (dont parfois des courbes qui nécessitent un tracé non approximatif pour une nette compréhension) et des schémas, il est sans aucun doute plus aisé de gérer ses cours à l'aide d'un PC. L'enseignant peut alors utiliser le logiciel de présentation PowerPoint qui permet également d'inclure du son et de l'image, rendant ainsi le cours de Physique plus attractif car mieux illustré. Les désagréments dus au tableau et à la craie seront ainsi évacués. L'idéal serait que nos universités puissent disposer de suffisamment de vidéo projecteurs pour utiliser le PowerPoint. Alors quand verrons-nous fréquemment un enseignant muni d'un micro-ordinateur portable, en entrant dans sa salle de cours? Si un PC est disponible dans la salle (avec le vidéo projecteur, bien évidemment), il lui suffira de retirer de son porte clefs ce support optique d'archivage de grande capacité, mais de la dimension d'un petit briquet, appelé le flash disk (USB) et le brancher sur le «micro» pour dispenser son cours. La gestion des tâches se trouvant facilitée, l'enseignant pourra alors mieux se consacrer à la recherche ou à des occupations didactiques; Pour les travaux dirigés, ces séances de résolution d'exercices ou de problèmes peuvent être illustrées par des cédérom interactifs en complément au tableau et à la craie sur lesquels (tableau et craie) nous reviendrons.

Pour les travaux pratiques (TP) de Physique dans notre université, les manipulations se font toutes à partir de matériel qui a été importé (Balances mécaniques simples, pesons, ressorts, dynamomètre, ampèremètre, voltmètre, chronomètre mécanique ou électronique, oscilloscope et d'autres appareils plus coûteux...). Et là nous nous permettons une première digression, si c'en est une: ce matériel qu'il faut rationnellement gérer, nécessite un service de maintenance compétent et équipé, ce qui n'est malheureusement pas le cas. Par défaut de maintenance et en l'absence d'un service après vente de certains fournisseurs étrangers, un équipement lourd acquis durant de longues années et ayant englouti des moyens financiers importants, croule (et s'écroule) dans certains labos et dépôts de l'université; Des appareils coûteux sont restés sous cellophane pendant des années. Il nous paraît alors nécessaire de faire un petit ménage. Les erreurs ou les insuffisances d'un passé, proche ou lointain, doivent être corrigées. Le problème de la maintenance pourrait trouver une solution avec un partenariat national inter-universitaire et l'intervention des élèves ingénieurs ou de techniciens en formation, dans le cadre de mémoires de fin de cursus. L'université algérienne bénéficiera ainsi et en priorité de l'apport de ses propres étudiants qui verseraient ensuite dans le secteur des services, car on dit bien «charité bien ordonnée commence par soi-même». De plus, la maintenance ne coûtera pas un rond à l'université sachant que les mémoires ne sont pas rémunérés.

L'apport des TIC en TP de Physique peut commencer par l'introduction de didacticiels interactifs. Il faudrait pour cela des «boîtes» en nombre suffisant qu'on appelle PC et qu'on importe, comme nous avions importé d'autres boîtes telles l'oscilloscope (un appareil qui permet de visualiser en outre les variations temporelles de certaines grandeurs électriques) et que l'étudiant est censé savoir utiliser tout en comprenant le principe de son fonctionnement. Et puis un «micro», contrairement à «l'oscillo» est à usage multiple. De plus, nous pouvons maintenant et depuis une date récente utiliser notre PC comme oscilloscope numérique et ceci à l'aide d'un simple logiciel auquel en adjoint des accessoires peu coûteux. En quelques clics, nous réalisons alors nos mesures.

Nous avons évoqué plus haut les didacticiels interactifs pour les séances de travaux pratiques. Ces didacticiels sont basés sur la simulation, une sorte de jeu. Nous remarquons que la simulation 7 a été utilisée dans un grand nombre de secteurs: aéronautique, industrie automobile, armement et défense, marketing, écologie, urbanisme, astrophysique, biologie, recherche opérationnelle....). Elle est maintenant utilisée dans les systèmes éducatifs de manière générale et en Sciences Physiques en particulier; La simulation qui a ses limites, n'est qu'une approche d'étude basée sur des modèles mais nous fournit quand même les comportements et les éventuelles évolutions d'un système. Si la simulation ne reflète pas les phénomènes réels, elle dégage les tendances générales d'un processus physique, car si la Physique s'appuie sur l'expérience, elle constitue toutefois une discipline se basant sur des théories et des modèles qui relèvent de concepts prédéfinis et de postulats.

La simulation une expérimentation sur modèle, structure entre autres les connaissances théoriques de l'apprenant, car souvent l'enseignement de la physique, ce sont des points théoriques qui semblent rébarbatifs à l'étudiant, parce que mal assimilés, et qui le bloquent lors d'une manipulation classique de TP. La simulation permet donc l'assimilation. Ceci dit (ou écrit), les activités expérimentales traditionnelles ne peuvent pas être exclues dans les méthodes d'apprentissage, mais encore faudrait-il ne pas être trop confronté à certains aléas tels un appareil défectueux, un mauvais contact, une mauvaise soudure de fils électriques, l'absence d'eau des robinets, un retard de livraison de produits consommables, le défaut de maintenance ou d'étalonnage des appareils, puisque ce genre d'imprévus détourne des objectifs visés. D'autre part, nous avons été agréablement surpris de constater que certains étudiants de première année, puisent des informations à partir d'Internet sur des manipulations de Physique qui ont lieu aussi bien en Europe qu'en Algérie, à la différence près que le matériel chez nous est parfois inexploitable. Les étudiants qui ont la chance d'avoir un PC à domicile, utilisent également le traitement de texte pour leurs divers comptes rendus et des cédérom pour l'approfondissement des cours. Cet acte prouve l'attrait des jeunes pour le numérique (qui s'avère commode dans la recherche documentaire) et explique l'insuffisance ou la cherté des ouvrages spécialisés dans nos librairies.

L'intégration des TICE en sciences exactes permet donc d'utiliser l'ordinateur et tant que puissant outil de calcul. La vision interactive de molécules en trois dimensions, les réalisations immédiates de courbes traduisant des équations mathématiques complexes, la prévision du comportement d'un circuit électronique, la réalisation de la mesure de la gravité en divers points de la planète (tout en étant sur place), l'étude de différents équilibres et mouvements mécaniques et la visualisation des phénomènes optiques constituent quelques exemples de l'apport des TICE. D'autre part l'interactivité agréable et généralement motivante, en utilisant les TICE, permet sur le plan didactique les approches heuristiques (qui aident, scientifiquement à la découverte des faits 3) en complément aux méthodes algorithmiques (où le résultat est obtenu par une suite nécessaire et finie d'opérations enchaînées 3). De plus, l'intégration des TIC dans les systèmes de formation s'avère être en concordance avec les courants et paradigmes psychopédagogiques modernes même si ceux-ci sont antérieurs à l'apparition des TICE.

Pourquoi encore les TICE dans toutes les disciplines? Parce qu'il y a une forte pression sociale, puisque les étudiants savent que la maîtrise de l'utilisation de l'outil informatique leur permet de trouver plus facilement un emploi, dans le secteur tertiaire pris comme exemple. L'investissement rentable, les coûts faibles (2,4,8), le travail en temps réel, la souplesse des échanges et l'énorme bibliothèque à travers les moteurs de recherche constituent autant d'éléments qui plaident en faveur d'effort à fournir pour intégrer ces outils dans nos systèmes de formation. Et les systèmes de formation ont basculé à travers le monde, avec l'apport des TIC et la globalisation. L'apprentissage qui était centré sur l'enseignant (avec un enseignement souvent à sens unique, un cours magistral et «le Prof qui sait tout») est orienté maintenant vers les ressources qui ont pour objectif de faire de l'apprenant un entreprenant et non pas un assisté. «On ne peut- rien enseigner à autrui. On ne peut que l'aider à le découvrir lui-même» disait Galilée.

Dans le cadre de notre enseignement traditionnel et les conditions dans lesquelles il se fait, l'enseignant se trouve en tain de tout gérer (et tout digérer) sauf l'aspect pédagogique qui est à la traîne. Avec les TIC, la formation dispensée à un groupe cède sa place à une formation respectant le rythme individuel et c'est dans ce sens que le LMD et la notion de tutorat ont été conçus. De plus les environnements, hier isolés interagissent aujourd'hui à travers les réseaux et les perspectives qui étaient nationales deviennent mondiales avec l'effacement des frontières.

D'autre part, ce texte qui a nécessité un regard interdisciplinaire, concept largement répandu et mis en pratique depuis la décennie 80, a été réalisé sur la base d'une documentation provenant pour une grande part du support numérisé. A propos de l'interdisciplinarité (une autre digression qui mérite des développements dans un autre cadre), nous noterons simplement qu'elle a donné aussi,, naissance à de nombreuses disciplines combinées. Nous pensons également à une oeuvre «lumineuse»d'Edgar Morin où il mentionne dans un passage: «Il s'agit de remplacer une pensée qui sépare et qui réduit par une pensée qui distingue et qui relie. Il ne s'agit pas d'abandonner la connaissance des parties pour la connaissance des totalités..., il faut les conjuguer». Et puis, l'élaboration de toute interface pour une discipline donnée, nécessite en principe la collaboration des informaticiens.

Concernant les TIC, il est évident qu'elles constituent un levier important pour le développement économique de l'Algérie. Les différentes stratégies adoptées tentent d'éviter la fracture numérique, pour bien se positionnier alors, face aux pays émergents. Par conséquent, une redynamisation des actions et des politiques mises en jeu est nécessaire. Dresser un état exhaustif, des lieux, bien enclencher les processus qui n'ont pas encore débuté et accélérer ceux qui accusent un retard, sont des actions à réaliser d'autant plus que l'Algérie se trouve dans une conjoncture favorable, due notamment aux revenus des hydrocarbures.

Les TIC, outil de travail et source de croissance aux enjeux déterminants et multiples devraient permettre à tous le sortir du sous développement. L'Algérie qui doit emprunter résolument les autoroutes de l'information, saura-t-elle bien embrayer sur ce troisième millénaire? Autrement, si nous calons, nos enfants risquent d'être les expulsés du Futur. D'autre part,les difficultés sont aussi liées à la formation à la maîtrise du Savoir, car beaucoup s'accordent à dire que le premier investissement pour assurer un développement durable c'est bel et bien l'homme qui est peut être l'élément sur la touche ou à la périphérie de la stratégie d'intégration des TIC.

Notre intervention, avait donc pour but de mettre en exergue l'apport des TIC dans les systèmes de formation et leur lien intime avec le LMD au cas de l'université. Nous estimons que l'introduction du LMD va de pair avec l'intégration progressive mais résolue des TIC.

Nous pensons aussi avoir rappelé l'importance de la didactique de la Physique et en filigrane celle de toutes les disciplines. Si le rôle de l'université algérienne est d'abord de former (sans étudiants, l'université n'a aucune raison d'être) nous devons donc accorder un intérêt spécifique à la didactique, à son enseignement et aux activités de recherche qui s'y rapportent. Ces démarches qui nécessitent un travail multidsciplinaire valoriseront aucun doute la synergie des compétences et des capacités nationales. Pour clore ce texte que nous espérons «pédagogique» et digeste, revenons à son titre premier. Alors pour une univeristé sans tableau vert ou noir et sans craie blanche, tous les deux rugueux? Mille fois oui, mais...avec ces «fameux» tableaux blancs et des stylos à feutre verts ou noirs. Ainsi nous n'aurons plus de poussière de craie, les allergiques souffriront moins et les agents d'entretien de la fac ne chômeront certainement pas car ils ont d'autres tâches qui les attendent. Nous pensons que nous n'avons pas trop rêvé en rédigeant ce texte. Et même si c'est le cas, nous souhaitons que ceux qui se sentent concernés (ils devraient être nombreux) rêvent un tout petit peu avec nous, puisqu'il est dit que «rêver tout seul n'est qu'un rêve, mais rêver ensemble est le début de la réalité».(R brahmi &D brahmi-berass)
Références:
1- Dalila Brahmi Berass :
- Communication à la conférence internationale Maghtech (Alger, décembre 2004). Les TIC au Maghreb- état de slieux et perspectives
- Les formidables perspectives des NTIC in El Watan du mardi 18 mai 2004
- Du fixe au portable, Allo in El Watan du mardi 29 juin 2004


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